Abaker, du Darfour à Paris

PIC_0343Je m’appelle Abaker, je suis né en 1970 au Darfour (Soudan). Nous sommes 9 personnes dans la famille : 7 frères et sœurs de ma belle-mère.

A cause de mes activités politiques, j’ai été emprisonné dans les années 2000 au Darfour pendant 2 mois. Là-bas j’ai été tellement torturé par le gouvernement que depuis je suis handicapé. Ici, en France, des médecins ont essayé de me soigner au mieux mais le résultat est négatif.

J’ai ma famille au Darfour, ma femme, ma fille de 20 ans et mon fils de 16 ans, mais à cause d’un dictateur au gouvernement et de la guerre, mes enfants ne peuvent pas aller à l’école et ils ne peuvent pas quitter le Darfour parce que dans ce cas le gouvernement les éliminera.

J’ai fait mon école au Darfour et après j’ai quitté mon pays pour la Jordanie. J’ai suivi la faculté de politique au Feladel Fia à l’université de Jordanie. Là-bas, on avait la possibilité dialoguer sur les religions entre nous. Le but était comment faire vivre ensemble les différentes religions comme l’Islam, le Christianisme, la Thora… pour le respect des uns envers les autres.

En Jordanie, je suis devenu membre d’un parti politique qu’il s’appelle « Soudan Fédéral » et j’étais responsable des communications vers le Soudan.

Pourquoi être parti en Jordanie ?

Parce que dans notre pays le Soudan, on n’a pas ni liberté, ni fraternité, ni égalité. On n’a pas de justice, on ne se sent pas là-bas en sécurité. On est toujours au milieu du danger. On voulait une union du Soudan. Malheureusement, maintenant le Soudan est divisé : Sud Soudan et Nord Soudan. Depuis 1982, il y a la guerre et en 2011 le Soudan a été divisé. Tous les problèmes proviennent du Président. Sinon, nous étions tous ensemble. Le Président ne respecte pas notre culture.

On était riches au Soudan avec l’élevage et l’agriculture. Mais le gouvernement a soutenu une ethnie qui volait nos vaches et, de temps en temps, nous faisaient des menaces. On a demandé au gouvernement d’intervenir, mais en vain. Le gouvernement de dictature du Soudan a lancé de façon répétée des attaques sur des villages et tué des gens, des enfants… violé des femmes… pour toutes ces raisons je militais pour la liberté et la justice là-bas. Mon père a été emprisonné avant ma naissance pour les mêmes raisons.

Quel était ton espoir là-bas ?

J’ai commencé à apprendre et je voulais jouer un rôle d’intermédiaire, de médiation, je demandais tout le temps à mes amis la paix et le respect des autres, alliance, liberté …

Personnellement, je voulais devenir professeur pour donner une bonne éducation aux enfants et leur expliquer des bonnes choses. Malheureusement, maintenant il n’y a pas de bonnes explications, pour des enfants à l’école, à propos de l’histoire, de la civilisation, du civisme à l’égard des parents et du respect des autres, des religions…

En Jordanie, j’ai obtenu les diplômes pour l’enseignement de la langue arabe, de l’anglais mais je veux ajouter la langue française aussi.

Comment as-tu décidé de venir en France?

En 2006, le gouvernement de Jordanie m’a informé que je ne pouvais pas rester, et je ne pouvais pas retourner dans mon pays. Alors, je suis venu en France. Mais j’ai toujours des contacts avec mes amis au Soudan.

Je suis arrivé en France en 2006. J’ai réussi à obtenir mon statut de réfugié en 2010. J’ai passé des moments très difficiles. J’ai été d’abord hébergé à Cadet, puis à la maison du handicap, et depuis le mois de janvier 2012 j’habite dans un CHRS Emmaüs.

Si tu étais en bonne santé qu’est ce que tu voudrais faire ?

Avant tout, je reconnais que la santé est très chère. Si j’étais en bonne santé, j’aiderais les gens, les vieilles … il y a des gens qui n’ont personne dans la vie. J’organiserais avec mes amis une association pour les aider, c’est très important. Si vous avez la santé mais que vous n’aidez pas les gens, cela ne sert à rien ! Personne ne sait ce que arrivera demain. Lorsque vous êtes en bonne santé il faut aider les gens. Quand e suis devenu handicapé mes amis m’ont beaucoup aidé. Il faut croire aux autres avant d’aller du mauvais coté.

Chaque jour, tout ce que je fais comme bonnes actions, je ne regrette jamais. Mais, de temps en temps, je regrette le fait d’être devenu malade des suites de mon arrestation et de mon incarcération. Aujourd’hui, avec ma moitié de santé je continue à force de volonté et je ne sors pas de la vie. A la fin, je veux dire que je suis content d’être accueilli par Emmaüs. Merci.

2 réflexions sur “Abaker, du Darfour à Paris

  1. Sally WILKINSON 8 novembre 2013 / 2109 45

    Bon courage à vous. Bravo pour votre altruisme malgré vos difficultés.

  2. stephanetournier 23 janvier 2014 / 1705 50

    Un beau portrait.

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