L’interview d’une Ministre…

Madame La Ministre vous avez tout d’abord eu l’occasion de rencontrer les journalistes d’Et ma parole.

Merci tout d’abord, Madame la Ministre, d’avoir accepté cette interview avec etmaparole – le blog et le magazine des personnes accueillies à l’association Emmaüs Solidarité.

Vous avez d’ailleurs déjà eu l’occasion de rencontrer son comité de rédaction à l’occasion de l’inauguration de l’accueil de jour l’Agora le 5 mars dernier. Pour mémoire, le Blog et le journal etmaparole sont des outils au service de l’expression des personnes accueillies, qui peuvent ainsi faire entendre leur voix et nourrir la réflexion des pouvoirs publics sur les questions ou les thèmes liés aux situations d’exclusion : hébergement, pensions de famille, logement, santé, citoyenneté, violences, …

Question 1 – Christine BUREL :

Le nombre de participants à cet atelier de « préparation au relogement » montre qu’il existe une forte mobilisation et un investissement réel des personnes sans domicile elles-mêmes pour tenter de faire évoluer leur situation vis-à-vis du logement. Néanmoins, le nombre de relogements n’est pas à la hauteur de ces efforts.

Pouvez-vous nous dire ce que le Gouvernement propose très concrètement pour augmenter le nombre d’accès au logement des personnes sans domicile hébergées par des associations comme Emmaüs Solidarité ?

Cécile DUFLOT. : Tout d’abord, je voudrais vous dire que je pense que l’Atelier de Préparation au Relogement est une très bonne chose, parce que le moment du relogement est un moment important mais c’est particulièrement difficile dans des zones comme en Ile de France où il y a énormément de demandes et une crise du logement qui fait qu’il manque de logement. Donc, un des premiers axes, c’est de développer le nombre de logements, de construire davantage de logements ; à la fois de logements classiques, plus de logements sociaux. L’objectif du gouvernement, c’est 150 000 nouveaux logements sociaux chaque année, avec différents moyens – notamment par la transformation de locaux de bureaux en logements, parce qu’il existe aujourd’hui 3.5 millions au moins de m2 de bureaux vides – avec des moyens financiers supplémentaires que l’Etat a mobilisé (les moyens financiers d’Action Logement, d’aide à la pierre plus importante pour essayer de construire davantage – parce que, évidemment, il peut être très frustrant, pour les personnes hébergées qui travaillent à l’Atelier de Préparation au Relogement, d’avoir fait toutes les démarches, d’avoir fait tout ce qu’il fallait, et de ne pas trouver de logement, parce qu’il en manque, tout simplement.

Ensuite, pour construire d’avantage de logements sociaux, on a voté une loi – qui a été promulguée en janvier dernier – qui a fait passer de 20 à 25% le pourcentage de logements sociaux obligatoires par commune de plus de 3 500 habitants. Donc, l’augmentation de ce pourcentage va permettre d’avoir davantage de logements sociaux dans l’ensemble des communes et en particuliers dans les communes qui, aujourd’hui, en ont beaucoup moins, ce qui permet aussi de la mixité sociale.

Il faut aussi faire en sorte de faciliter l’accès au logement privé. Donc, là, une loi que je vais présenter mercredi (le 26 juin – NDLR) au Conseil des Ministres, qui aura deux éléments importants pour l’accès au logement : C’est la garantie universelle des loyers – c’est-à-dire le fait de ne pas avoir besoin de caution ou de garant, mais de pouvoir avoir une garantie publique, qui s’adresse à tous et en particuliers à ceux qui ont des revenus moins importants, pour leur permettre d’accéder plus facilement au logement. L’autre élément, c’est l’encadrement des loyers : Dans toutes les zones tendues où les loyers ont énormément augmentés, on va mettre en place un système d’encadrement des loyers avec un loyer maximum – zone par zone, quartier par quartier – pour essayer de faire baisser tous les loyers qui ont « explosés » ces dernières années. Ça, c’est pour le développement de l’offre, à la fois dans le parc public et dans le parc privé. Mais il y a aussi, plus spécifiquement, dans le cadre du plan « pauvreté », des dispositifs qui vont être mis en œuvre, la création de places d’intermédiation locative et de Maisons Relais – 9 000 places au total. Donc, on va, en plus de la construction de logement, développer ce type de logements particuliers, notamment pour ceux qui ont besoin d’une étape entre l’hébergement et le logement classique. Et puis on va aussi permettre au Service Intégré d’Accueil et d’Orientation (S.I.A.O.) de devenir une instance de coordination incontournable sur le territoire pour aider à la fois au diagnostic et au relogement.

Voilà à peu près, globalement, l’ensemble des dispositifs sur lesquels on travaille.

Question 2 – Timothé DONGOTOU

Merci, Madame la Ministre. Je vois que vous avez d’ores et déjà abordé la deuxième question. Paris et la région Ile de France sont des territoires particulièrement concernés par les difficultés d’accès au logement.

Des mesures spécifiques sont-elles envisagées pour permettre aux demandeurs de logement de ces territoires – et aux plus modestes d’entre eux notamment – d’y accéder dans des délais raisonnables ?

Cécile DUFLOT : Vous avez raison, je l’ai dit spontanément parce qu’il est sûr que la question du relogement ne se pose pas de la même manière à Dijon et en Ile de France. Il y a une pression sur le marché locatif, un nombre de demande pour un nombre de logement qui n’est pas du tout de la même ampleur. Du coup, il y a plusieurs éléments particuliers à l’Ile de France, notamment le relogement des personnes reconnues comme prioritaire au titre du Droit Opposable au Logement (DALO). Il y a une situation prioritaire en Ile de France avec un plan prioritaire pour reloger les ménages reconnus par le dispositif DALO parce qu’il y a une situation, aujourd’hui, de saturation du dispositif ; c’est-à-dire des dizaines de familles qui sont reconnues prioritaires « DALO » et qui n’ont pas de logement, et certaines depuis plusieurs années. Donc, il faut absolument faire en sorte qu’on résolve ce problème. Et puis, j’ai parlé de la transformation de bureaux en logement : C’est un vrai problème en Ile de France tout comme la nécessité de récupérer du foncier ; on va le faire avec les terrains publics de l’Etat qui pourront être mis à la disposition des mairies pour pouvoir construire du logement social.

Question 3 – Christine BUREL

Le Baromètre 115 – Bilan hivernal 2012/2013 – vient d’être publié par la FNARS. Comme son titre l’indique, il dresse un bilan de l’activité durant le Plan Hivernal, dispositif d’hébergement d’urgence pour les personnes sans-abri qui en font la demande durant la période de l’hiver (étendue de novembre 2012 à mars 2013 avec des variations de dates selon les départements).

Comment éviter de remettre à la rue les personnes qui ont pu obtenir un hébergement dans le cadre de ce dispositif hivernal et pour qui aucune solution n’existe lors de la fermeture de ces centres provisoires ?

Cécile DUFLOT  D’abord, ce qu’il faut rappeler, c’est que le Gouvernement a décidé de sortir de la logique de « l’hébergement au thermomètre ». C’est évidemment une réforme structurelle de l’hébergement d’urgence, c’est compliqué, c’est un peu long, mais nécessaire. Trouver un système d’hébergement à la fois pérenne et souple : C’est ça l’objectif. Pour préparer en amont la sortie du Plan Hivernal en place, sur chaque département, des projets territoriaux de sortie de l’hiver pour éviter les remises à la rue, c’était l’objectif ! De n’avoir aucune remise à la rue, avec des diagnostics partagés par tous les acteurs, département par département. Evidemment, là aussi, la situation de tension n’est pas la même suivant les territoires. Il y a des territoires aujourd’hui qui connaissent une situation particulièrement difficile.

Enfin, on a débloqué des moyens budgétaires supplémentaires à l’issue du Plan « pauvreté » pour créer ou pérenniser plus de 5 000 places d’hébergement d’urgence d’ici la fin 2013, c’est-à-dire qu’il y a des centres qui ne sont pas fermés et des places nouvelles qui sont créées. Il y a également 9 000 places en logement adapté qui vont être créées. Je ne vous cache pas qu’on est dans une situation où l’augmentation du nombre de demandes d’hébergement est conséquente et continue, et qu’on fait face à une situation particulièrement difficile. C’était déjà le cas à l’automne, c’est de nouveau le cas ce printemps. Ca s’explique pour l’essentiel par l’aggravation de la crise économique qui pèse sur la fragilité de certaines personnes et de certains ménages. On est donc très mobilisés sur cette question mais on est aussi très conscient de l’ampleur des difficultés. .. Mais on ne lâche pas !

Merci Madame la Ministre

Une réflexion sur “L’interview d’une Ministre…

  1. stephanetournier 11 septembre 2013 / 1604 41

    Actualités sur le projet de Loi « logement »:
    Les 34 associations portent une trentaine d’amendements au projet de loi «
    ALUR ».
    Elles sollicitent l’ensemble des parlementaires et leur adressent une lettre ouverte pour exiger que le projet de loi ne passe pas à côté des plus fragiles de notre pays dans une période particulièrement tendue sur le front des expulsions, de l’hébergement et de l’offre de logements à destination des plus défavorisés.
    Sources:
    https://www.facebook.com/pages/Collectif-des-associations-unies-pour-une-nouvelle-politique-du-logement/117833988284613
    A lire aussi sur :
    http://www.fnars.org/champs-d-action/hebergement-logement/actualites-accueil-hebregement-menu/4677-projet-de-loi-alur-des-amendements-pour-aller-plus-loin

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