Urbanisme : cachez ces SDF que je ne saurais voir ?

L’aspect des villes est en constante évolution. Pour l’heure, on peut dire que tous les feux sont «au vert». Les tendances sont sans conteste à l’écologie avec les économies d’énergie, la lutte contre les pollutions atmosphériques et lumineuses, la réintroduction dans les grandes cités d’une faune et d’une flore hier éloignées par le béton et l’asphalte. Il faut «humaniser» la ville. Les aménagements et mobiliers urbains ne sont pas en reste dans cet élan. Mais à y regarder de près, les véritables tendances n’ont-elles pas pour but essentiel d’éloigner les sans-abri?

Bancs publics ?

L’image du vagabond d’antan, du clochard d’hier, aujourd’hui SDF (sans domicile en France, pour rester patriote), allongé et dormant à poings fermés sur un banc de soupir ou un siège dans une gare devient de plus en plus rare à surprendre dans les villes. Cette image relève déjà dans bien des métropoles urbaines d’un passé lointain. Pourtant jamais selon les statistiques il n’y a eu autant de sans-abri.
Les bancs de nos jours dans les lieux publics ne permettent plus à une personne épuisée de s’étendre de tout son long. Abris bus et stations de métro rivalisent dans les formes modernes des sièges qui ont tous de plus en plus en commun des formes n’autorisant pas autre chose que la position assise.

Grilles cadenasssées

«Dormir sous les ponts» ne voudra bientôt plus rien dire. Pour s’en convaincre il suffit de voir les grilles métalliques cadenassées qui empêchent que l’on s’abrite désormais sous les ponts aux abords de la Seine ou sous le métro aérien entre les stations Barbès et la Chapelle à Paris. Des lieux jadis occupés par des centaines de tentes.
Les bas d’immeubles, l’entrée des gares sont de plus en plus très éclairés en dépit d’un discours qui encourage les économies d’énergie et combat la pollution lumineuse. Ou alors ces endroits sont garnis de grands pots contenant des plantes… artificielles. Tout semble mis en œuvre pour qu’il ne puisse pas rester d’espace permettant à un sans-abri de se coucher, de s’abriter de la pluie ou de la neige.
Les parcs et jardins ne sont pas en reste. Lorsqu’ils ne sont pas fermés et /ou gardés à la tombée de la nuit, ils se trouvent tellement éclairés qu’ils devient impossible aux rats, lièvres et parfois renards qui les fréquentent de rester discrets ou de se reposer. C’est cela aussi peut-être l’écologie ?

Briser le thermomètre ?

Nous ne suggérons pas que les gares ou abri bus soient aménagés pour constituer des solutions palliatives à l’hébergement d’urgence ni que les parcs publics deviennent des dortoirs de secours lorsque le Samu social ne répond pas ou n’a plus de place. Et sans aller jusqu’à penser que le fait d’éloigner des endroits publics les SDF relève d’une politique qui ne dit pas son nom, la question que nous nous posons est de savoir si le fait d’éloigner ou de cacher les sans-abri règle un quelconque problème. En d’autres termes, briser le thermomètre fait-il baisser la fièvre ou guérir le malade?

G. du Vent d’Autant

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