La maraude Emmaus de Vincennes : du bois… à la vie

Houda Benlaïba
Houda Benlaïba

Le bois de Vincennes est situé au sud-est de Paris et s’étend sur 995 hectares. Sur cette étendue, une grande variété d’oiseaux, de petits rongeurs, quelques chats sauvages et de rares et furtifs renards coexistent pacifiquement avec des sans-abri. La Maraude Emmaüs solidarité du bois de Vincennes a pour mission de sortir du bois des personnes souvent considérées par la plupart des gens comme des êtres à part. Nous avons sollicité et obtenu un entretien avec Houda Benlaiba, chef de ce service, afin de découvrir en quoi consiste son rôle.

EtMaParole : « Où sommes-nous ?
Houda Benlaiba : Nous sommes dans les locaux affectés au service de la maraude Emmaüs solidarité, aux 11 avenue de Nogent dans le 12e arrondissement de Paris. Pour plus de précisions, nos  locaux sont situés en face du terminus des bus « château de Vincennes ». Il s’agit d’un espace de travail et d’accueil ouvert trois demi-journées par semaine à toutes les personnes installées dans le bois. Ainsi nous sommes ouverts les lundis et jeudis de 10h à midi, le mercredi après-midi de 15h à 17h. Les autres jours ouvrables nous recevons sur rendez-vous et nous nous consacrons aux taches d’accompagnement social et aux maraudes.

EMP : Quels sont vos effectifs ?
H. B. : En plus du chef de service, il y a un compagnon d’Emmaüs qui assure l’accueil, deux travailleurs sociaux, un animateur socio-éducatif et un bénévole.

Inviter sans imposer, accompagner de façon réaliste un projet ou le faire émerger

EMP : Pouvez nous parler des principaux axes autour desquels s’articulent le travail de la maraude ?

H. B. : En premier lieu, et c’est fondamental, nous allons à la rencontre des personnes vivant dans le bois pour tenter de créer une relation. Nous sommes une maraude d’intervention sociale. Qui est différente des maraudes bénévoles de distribution bien que notre travail avec celui des maraudes qui le font soit complémentaire. Nous constituons avant tout une équipe sociale mobile de veille.  Cela conduit au second axe qui est de tenter de faire émerger des demandes quand il n’y en a pas. La maraude a été créée dans l’esprit d’aller vers ceux qui n’étaient pas demandeurs et ceux qui ne se rendent pas d’eux-mêmes vers les structures qui leur sont destinées. Nous avons donc comme principe « inviter sans imposer ». Le troisième axe est de tenter d’accompagner les personnes dans la construction d’un projet pour ceux qui n’en n’ont pas et trouver des réponses adaptées à ceux qui en ont.

maraude
Une équipe de la maraude au bois de Vincennes

EMP : Comment savez-vous qu’une nouvelle arrivée a eu lieu dans le bois ?

H. B. : Cela arrive par différents canaux. D’abord nos maraudes quotidiennes nous permettent très souvent de constater qu’il y a une ou des arrivées récentes. Nous pratiquons aussi des explorations dans des secteurs connus pour être inoccupés. Quelques fois ce sont des personnes qui sont déjà dans le bois qui nous informent ou accompagnent vers nous un ou plusieurs arrivants. Les usagers du bois (promeneurs, sportifs…) et les habitants riverains nous signalent aussi des arrivées. Et puis il y a tous ceux qui y travaillent comme les jardiniers paysagistes, les agents de sécurité de la mairie de Paris, les polices municipales des communes riveraines du bois, la police nationale, les gendarmes qui patrouillent à cheval.

EMP : Y a-t-il des familles avec enfants qui vivent dans le bois ? Des femmes enceintes ? Des femmes seules ?

H. B. : Lorsqu’il y a des mineurs, accompagnés ou non, une femme enceinte ou seule, nous mettons immédiatement et toutes affaires cessantes un dispositif d’urgence. Notamment par exemple avec le Samu social parce qu’il s’agit de personnes fragiles et vulnérables, donc plus exposées.

EMP : Essuyez-vous des refus de contact ?

H. B. : Cela arrive et nous appliquons notre principe qui est : inviter sans imposer. Mais nous gardons la main tendue. Si il y a changement d’avis, et cela arrive, nous répondons tout de suite. Nous avons connu quelqu’un qui a vécu 25 ans dans le bois. Il est actuellement logé. De nos jours il y a un monsieur qui vit dans le bois depuis une dizaine d’années.

EMP : Lorsque vous avez des doutes sur la santé mentale d’une personne – si vous ne considérez pas comme beaucoup de gens que le fait même de vivre dans le bois constitue en soi un grave trouble du comportement, quelle procédure s’impose ?

H. B. : Rassurez-vous (rires). Pour de multiples raisons, des personnes se retrouvent dans le bois. Cela peut être à cause d’une expulsion ou même par une invitation. Mais il est vrai qu’il arrive que nous rencontrons des personnes psychologiquement fragiles ou fragilisées par les conditions de vie dans le bois. Nous faisons appel dans ces cas à des partenaires spécialisés qui ont une certaine expérience dans l’évaluation de la situation. Ce qui leur permet d’agir de manière adéquate.

EMP : Il y a des personnes qui vivent dans le bois avec des animaux de compagnie. Cela complique t il votre travail ?

H. B. : Oui parce qu’il y a très peu de places d’hébergement pour les personnes ayant un animal. Les attentes sont longues et cela décourage parfois les personnes.

EMP : A combien estimez-vous le nombre de personnes vivant dans le bois ?

H. B. : Cela varie. Le nombre de personnes présentes dans le bois commence à  augmenter au printemps avec les expulsions et l’arrivée de travailleurs saisonniers d’Europe de l’est. En été il y a aussi quelques campeurs occasionnels. Nous avons compté jusqu’à 270 personnes. Mais cela peut atteindre des minimas en hiver autour de 80 personnes. Nous dénombrons, début décembre 2016, 144 personnes.

EMP : Estimez-vous que vos moyens sont suffisants ?

H. B. : Nous travaillons avec les moyens que nous avons ! Tout moyen supplémentaire est bienvenu.

EMP : Comment vous positionnez-vous par rapport aux personnes qui vivent dans le bois ?

H. B. : Ce qui compte le plus pour nous c’est l’aspect humain. Ceux qui vivent dans le bois sont en général des gens qui veulent s’isoler. Il y a des jeunes qui ont souffert et veulent rester seuls loin de tout. Les situations sont toutes particulières et cela donne à notre travail une dimension importante dans ce qui relève des relations humaines. »

Propos recueillis par G. du Vent d’Autan

Selon la Revue de l’atelier, le magazine du Samu social de Paris, de mai 2016,  62 personnes ont été accompagnées hors du bois de Vincennes par la maraude Emmaüs solidarité en 2015, une quarantaine vers l’hébergement d’urgence, 35 vers des centres de stabilisation, sept vers un logement adapté.

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