A propos du terme « USAGER »

Dans de nombreux écrits de journaux, magazines et revues consacrés au social, l’expression « usager(s) de nos structures » revient. De la part de responsables, intervenants ou travailleurs sociaux. On l’entend aussi dans de nombreuses conversations entre les professionnels du travail social. Cette expression désigne celles et ceux qui font appel aux services sociaux ou y sont orientés. L’expression « usager(s) de nos structures » prouve à elle seule à nos yeux, à quel point la nature des relations entre les services sociaux et ceux qui les fréquentent est dénuée de franchise.

Des mots révélateurs

« Usager de nos structures ». Employer « nos », à notre avis est déjà révélateur. Car en quoi les structures sociales appartiennent-elles plus à ceux qui les administrent et à leurs salariés qu’à ceux qui y sont reçus ? Les associations d’aide sociale appartiennent-elle plus à leurs responsables et salariés qu’à ceux qu’elles accueillent ou hébergent ? Est-ce que les services sociaux de l’Etat, le Samu Social ou Aurore sont la propriété de tel cadre, tel éducateur, telle assistante sociale ou psychologue rattaché ? Ils ne le sont pas plus que celle d’un sans abri qui prend sa douche par ci, mange par là et est de temps en temps hébergé là-bas. Parler de « nos » structures fait preuve, selon nous, d’une sorte d’accaparement condescendant. Du moins, cela constitue une hiérarchisation dans la relation où ceux qui sollicitent les services sociaux sont dépossédés et infériorisés systématiquement. Lorsqu’on sait que ceux qui utilisent cette expression sont les mêmes qui affirment qu’il est essentiel d’établir une relation saine dans tout accompagnement social, il y a matière à réfléchir.

Notion d’usage

Certains croient qu’il est mieux de dire « usager(s) » plutôt que « clochards », « sans abri », « handicapés mentaux », « vieille femme seule » ou « pauvre »… Ces termes pouvant être ressentis comme injurieux, on pense qu’il faut s’en éloigner comme de la peste. Mais traiter ces personnes d’ « usagers » est encore pire. Car « être usager de » quelque chose, c’est « faire usage de » cette chose. Il y a un rapport d’usage entre une personne ou un groupe avec un objet ou un ouvrage. On est usager de sa voiture, des toilettes, de l’autoroute…

L’usage suppose que l’objet ou l’ouvrage qu’on UTILISE peut se dégrader si on ne l’entretient pas en contre-partie. On entretient sa voiture, ses toilettes, les trains et l’autoroute sont entretenus grâce à la contre-partie financière que les utilisateurs déboursent. Est-ce que l’ « usager » des services sociaux les utilise ? Par quel processus les dégrade t-il ? Et quel contre-partie fournit-il ?

La formule « usager de structures sociales » est donc un non sens. Ceux qui, dans le social utilisent cette expression «  parce que tout le monde le fait » sont à plaindre parce que c’est désolant de répéter les choses sans réfléchir. Pourquoi ne dit-on pas « usager » de l’hôpital, de l’école, de son mari ou de sa femme, des prostituées ? Parce qu’il s’agit de rapports où il n’y a pas d’objet d’usage. Des rapports entre des personnes. On n’utilise pas l’hôpital comme le chemin de fer et l’école ne rend pas les mêmes services qu’une voiture. C’est pour cela qu’on parle de patients ou d’élèves, quand bien même ceux-ci payent leurs soins ou leur scolarité et utilisent des équipements.

A usager, usagé(e) et demi

Les structures sociales ont des missions comme l’hôpital a pour mission de soigner, l’école d’instruire, les églises et mosquées d’accompagner spirituellement. Les services sociaux ne sont pas des objets ou ouvrages d’usage pour que ceux qui s’y rendent soient traités d’usagers. La nature des services qu’ils rendent est différente de celle que fournissent le rail ou les toilettes publiques. Les structures sociales ne se dégradent pas non plus matériellement dans l’exercice de leurs missions. Comment peut-on donc parler d’usagers ? Car si usagers il y a dans le domaine du social, on devrait aussi y trouver des personnes qui, à force d’être utilisées sont devenues usagées ! On dit bien d’une voiture de seconde main qu’elle est usagée, comme de vêtements maintes fois portés ou de vieux outils ! Si celles et ceux qui sont reçus dans les services sociaux sont des usagers, alors aux responsables et personnels de ces mêmes services nous disons : Salut à vous, cher(e)s usagé(e)s.

G. du Vent d’Autan

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