Les vacances sans arrêt…

Illustration de Marc Gelovani

Dans ma vie précédente, je n’aimais pas la routine. Boulot, métro, dodo… « Ce n’est pas pour moi, me disais à moi-même. Je ne voulais pas vivre comme ça. Quand j’étais jeune, je rêvais d’aventures, des pays exotiques. J’adorais les livres de Jules Verne. Mais la vie c’est la vie – le travail, la famille, les enfants – donc la même routine.
Probablement, tout allait continuer comme ça. Ensuite, ce serait la vieillesse dans l’entourage des enfants et des petits-enfants. Tout comme chez les autres.
Mais, un beau jour toute la vie habituelle se retrouve bouleversée par la ruine, par la guerre, par le banditisme et par la famine. Et cela a duré quelques années. Heureusement, ma femme et mes enfants ont réussi à quitter le pays. Ma fille s’est mariée avec succès aux États-Unis et ma femme et mon fils sont partis chez elle.

Moi, je ne voulais pas être à la charge de mon gendre. Et voilà, mon rêve s’est réalisé ! Aucune routine! Les vacances sans arrêt… Mais avec ça – la solitude. La solitude perçante. La solitude, qui a commencé à se remplir du vin. Je ne suis pas devenu un alcoolique. Probablement, je n’ai pas eu le temps.
Quand la personne reste pour toujours dans un environnement étranger, sans sa famille, sans ses amis, sans ses copains, sans son mode de vie habituel, graduellement la grande partie de son ancienne vie devient inutile. C’est, comme la jeunesse, ça s’en va désespérément. La personne vieillit, et avec la vieillesse surgit seulement la part triste de soi…
La vie dans la rue est pleine d’impressions, parfois désagréables et qui font peur. La vie dans la rue est perçue dans le voile des sons et des sensations, des silhouettes des voitures et des gens. Parfois, tu es comme un aveugle, qui, en tentant de tâter la barrière, avance lentement et prudemment, écoute avec frayeur des sons de la rue, des sons de grande ville. Et comme un aveugle tu as besoin de la bonne personne, qui pourrait t’expliquer, où tu peux aller.
Le centre d’hébergement d’Emmaüs solidarité Le Bois de l’Abbé, c’est un CHRS dont l’équipe m’a donné, à moi et à des autres personnes, un abri et, avec ça, l’espoir et l’assurance que nous pourrons revenir à la vie normale. Cette équipe nous a donné la possibilité de manifester nos capacités dans différents domaines. Ici, dans ce centre d’Emmaüs j’ai vu le vrai professionnalisme et la responsabilité au travail auprès de gens qui ont perdu leurs repères dans la vie.
Je suis éloigné de l’idée « chanter des dithyrambes », mais en voyant les efforts des travailleurs d’Emmaüs solidarité, j’ai compris ce que ça veut dire l’humanisme, la bonté et le désir sincère d’aider.
C’est dur de ne rien faire, c’est très dur d’être un quémandeur. Pour quelles raisons, à la suite de quoi, les gens se trouvent dans les « arrière-cours » de la vie ? Je ne parle pas des émigrants, qui se sont enfuis face à la guerre et aux chocs sociaux dans leurs pays. Je parle des gens qui peuvent travailler et vivre dans l’entourage de leur famille, en ayant les valeurs spirituelles et matérielles, accessibles à chacun.
Probablement il existe une catégorie des gens, particulièrement parmi les jeunes, qui expriment par ce moyen une certaine protestation intérieure – le maximalisme de la jeunesse. Nous nous rappellerons l’époque des hippies, par exemple. Malheureusement un tel mode de vie peut se transformer en habitude. Et nous pouvons observer souvent les messieurs âgées qui continuent à vivre dans la rue. C’est leur choix. Mais c’est plus dur quand la personne n’a aucun choix, quand elle veut travailler et vivre comme tous les gens normaux mais n’a pas la possibilité de le faire. Quand elle n’a pas la possibilité de changer sa vie. Il peut y avoir à cela beaucoup de raisons. L’absence de papiers est une des raisons principales.
Je n’ai pas le droit de conseiller quelque chose. Et je ne pense pas que quelqu’un écoutera mes conseils. En effet, aujourd’hui, au fond des problèmes globaux liés aux émigrants, les problèmes de certaines personnes sans-papiers, ont l’air peu sérieux. Et pour résoudre ces problèmes, il n’y a ni temps ni possibilité.
Quand même, je voudrais finir sur une note optimiste : il existe Emmaüs qui tente de faire tout pour aider les gens en situation difficile. Il faut espérer que pour chacun les vacances sans arrêt seront finies… D’une manière ou d’une autre…

Marc GELOVANI

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